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la décroissance comme transition post-pétrole

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Ne t'inquiète pas, on va s'adapter !

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pragma tic


Bonjour,

Je l’ai entendue souvent, cette phrase, alors que j’essayais de sensibiliser mon interlocuteur au problème de l’épuisement des ressources naturelles.
Il ignore, à ce moment, mon interlocuteur, que l’adaptation des hommes et des structures, c’était mon métier, et que si justement je lui en parle, c’est parce que dans l’état actuel de mes connaissances, une quelconque adaptation de nos sociétés à une contrainte du type épuisement des ressources, c’est tout simplement impossible.

Le système libéral encourageant le productivisme qui régit le fonctionnement de nos sociétés interdit toute adaptation à cette contrainte.
En effet, s’adapter à la raréfaction des ressources naturelles reviendrait à mettre en place une production moins consommatrice, en particulier en énergie, or, sauf à réaliser de formidables progrès dans le domaine du rendement énergétique, une production moins consommatrice, c’est une production moins productive, et qui n’a aucune possibilité de faire sa place sur les « marchés ».

Le mécanisme d’adaptation dont se sont dotées nos sociétés par le passé réside dans la prise en charge temporaire, plus ou moins importante, des personnes privées d’emploi, (dont la majorité est issue de secteurs en perte de vitesse) et donc de ressources, et à favoriser leur réinsertion dans des secteurs « porteurs ».
Mais si ce système a fonctionné, c’est que ces sociétés bénéficiaient d’une croissance économique, qui impliquait l’apparition d’une nouvelle demande solvable permanente à laquelle « raccrocher » les personnes victimes de la perte de vitesse d’un secteur économique.

Si la croissance économique s’arrête, la nouvelle demande solvable disparaît, et ce système ne fonctionne plus, or il n’y en a pas d’autre.

Pour l’anecdote, je vais évoquer ce qu’aurait été une adaptation gérée de nos sociétés, ce qui permettra de visualiser ce qui nous en sépare.

Le problème de la raréfaction des ressources naturelles se pose à l’échelle mondiale. Il n’aurait donc pu être géré correctement qu’à l’échelle mondiale. Car si certains profitent de la décroissance des uns pour s’accaparer les ressources rendues disponibles par la gestion des autres, afin d’entretenir leur propre croissance, ceux-là ne s’adaptent pas et s’éloignent au contraire d’une adaptation, et dilapident les ressources qui auraient été utiles à tous pour s’adapter. C’est en fait ce qui se passe. Quand les Etats-Unis et l’Europe éternuent, l’Asie persiste dans la croissance en profitant des ressources disponibles à un prix raisonnable …
Donc, il aurait fallu une adaptation gérée au niveau mondial, et une instance chargée de l’adaptation au niveau mondial, et accorder à celle-ci les moyens d’agir …
Celle-ci aurait eu pour mission de déterminer « arbitrairement », compte tenu des connaissances d’alors, le niveau économique moyen « durable » supportable par la planète, et mettre en place un programme de rapprochement progressif de chaque société vers ce niveau.
Compte tenu que pour une population mondiale de sept milliards d’habitants, ce niveau doit être plus proche de celui d’un habitant rural chinois que d’un citoyen américain moyen, on voit que les efforts demandés aux uns et aux autres auraient été assez inégaux … et que les efforts les plus importants auraient été demandés à ceux les mieux positionnés pour les refuser.

Revenons à la réalité.
Si, comme c’est déjà en train de se produire, la raréfaction des ressources naturelles entraîne, non seulement, la fin de la croissance économique mondiale, mais même une décroissance économique mondiale, que va-t-il se passer ?
Eh bien, sur un plan théorique, dans le cadre du fonctionnement actuel, c’est simple, le nombre de chômeurs augmentera au fur et à mesure que l’activité économique décroîtra, ces chômeurs deviendront une charge de plus en plus lourde pour les autres acteurs économiques, entraînant du mécontentement chez tout le monde.
Sur un plan pratique, le résultat sera le même, mais certainement d’une façon moins lisible, à travers des crises financières, des crises du transport …

Ces contrariétés permettront-elles de générer une évolution vers un mode de fonctionnement permettant une adaptation ?
Je n’en crois rien. Le fonctionnement social actuel est un reflet du fonctionnement humain. Espérer que nos sociétés s’adapteront à la décroissance économique, c’est espérer qu’en quelques décennies, voire quelques années, l’Homme évoluera davantage que durant les milliers d’années qui les ont précédées.

En conséquence, je vois un avenir, à relativement court terme, dans lequel je vois les tensions sociales augmenter sans fin et sans espoir de solution. Que du bonheur, quoi.

Au pire, je verrais un truc du genre délitement social, en gros, chacun pour soi …
Cette hypothèse peut sembler surprenante, sachant que les catastrophes sont en général l’occasion de solidarités exemplaires.
Mais je vois au moins deux points qui justifient cette crainte ; Le premier est lié au fait que si une évolution a été constatée chez l’Homme durant les dernières décennies, c’est une tendance marquée à l’individualisme. Je ne pense pas que cette évolution comportementale soit de nature à empêcher les solidarités traditionnelles, mais je la crois cependant de nature à les freiner. Plus grave, pour que des solidarités s’expriment, il faut que ceux qui s’y prêtent soient en situation à les mettre en œuvre, c'est-à-dire qu’ils maîtrisent peu ou prou la situation.
Or, il me semble qu’actuellement, en cas de défaillance brutale de nos sociétés, bien peu de gens maîtriseraient la situation. Même dans la nature, pourtant riche de ressources. Car les connaissances permettant de profiter de ces ressources, nous les avons oubliées. Et si beaucoup de plantes et de fruits sont comestibles, autant sont toxiques.
Je pense que nous avons tout simplement perdu conscience de notre degré de dépendance vis-à-vis de la société. Et je crois donc qu’une défaillance de celle-ci serait tragique.
Je crois qu’elle se résumerait à une sélection « naturelle » sur le critère de l’aptitude de chacun à survivre après débranchement de la perfusion sociale.

Alors on me demande : Mais comment une telle rupture soudaine du fonctionnement social pourrait-elle survenir ? La réponse me parait évidente. Notre fonctionnement social est totalement dépendant des transports. Qui eux-mêmes, sont étroitement dépendant des transports énergétiques, et en particulier de ceux du pétrole.
Il suffirait que ces transports d’énergie cessent pour que tout s’arrête.
Mais il n’existe aucune raison rationnelle pour que ces transports cessent brutalement, me dit-on. Certes, mais si l’Homme était rationnel, il n’en serait pas là où il en est aujourd’hui.
Et la rationalité dans un contexte de tensions sociales qui augmentent sans fin et sans espoir de solution, j’attends de voir.

Pour résumer, ma vision de l’avenir, à relativement court terme maintenant, c’est celui d’un monde dans lequel les tensions sociales croissent indéfiniment, et dans lequel toute tentative de résoudre le problème viendrait en fait l’aggraver.
Cela découle de ma compréhension de la décroissance économique. Tout ce qui est vertueux en période de croissance économique, devient vicieux en période de décroissance économique.

Je n’ai pas la moindre idée de la manière dont ces tensions sociales tenteront de se décharger, je m’attends simplement à des « secousses », et au pire, à un délitement total de nos sociétés.

D’où ma préparation, que j’aborderai prochainement sur un autre fil.

J’échange bien volontiers sur ce qui précède, j’ai synthétisé à l’extrême, je peux développer longuement.

goeland60

avatar

C'est pas vraiment joyeux à lire comme feuilleton de l'été Smile , mais ça a le mérite et l'intérêt d'être passionnant (et effrayant) !

Ca reprend certains des posts que j'avais lus de toi ailleurs (pour ne pas citer) et qui m'avaient ouvert les yeux sur pas mal de choses.

Je crois que - comme tu le disais par ailleurs - nous sommes déjà dans le commencement de ce que tu décris de façon saisissante.

Galipette


Or, il me semble qu’actuellement, en cas de défaillance brutale de nos sociétés, bien peu de gens maîtriseraient la situation. Même dans la nature, pourtant riche de ressources. Car les connaissances permettant de profiter de ces ressources, nous les avons oubliées. Et si beaucoup de plantes et de fruits sont comestibles, autant sont toxiques.
Je pense que nous avons tout simplement perdu conscience de notre degré de dépendance vis-à-vis de la société. Et je crois donc qu’une défaillance de celle-ci serait tragique.
Je crois qu’elle se résumerait à une sélection « naturelle » sur le critère de l’aptitude de chacun à survivre après débranchement de la perfusion sociale.

Je rejoins tout à fait cette partie là. Et hélas, ce discours est inentendable pour la très grande majorité, car cela signifierait plus de 90% de mortalité dans les pays industrialisés.

pragma tic


Bonjour,

He oui, Galipette, mes conclusions sont également de cet ordre là, espérons que cela n'arrivera jamais.

Mais hélas, en termes de probabilités, on me paraît aujourd'hui du mauvais coté, et pas pour dans un siècle, mais pour les dix années qui viennent.

Ils sont nombreux à penser que le recul économique et social sera lent ou tardif, mais je n'ai jamais eu le plaisir de lire un argumentaire construit de leur part justifiant leur posisitionnement.

Mon propre positionnement provient pour l'essentiel du croisement de deux analyses distinctes, que je maîtrise pour les avoir utilisées avec succès dans mes activités professionnelles.
La première est systémique, et consiste à considérer la civilisation industrielle comme un système, en examinant son fonctionnement, ses forces, ses faiblesses, et en modélisant sa résistance supposée à une contrainte donnée.
C'est ainsi que je constate une incapacité d'adaptation à la contrainte "épuisement des ressources", au niveau de nos sociétés, ou que je peux modéliser, techniquement, l'impossibilité d'adaptation que j'ai décrite théoriquement plus haut.
Ces analyses systémiques permettent de prévoir, par exemple, que l'effondrement civilisationnel, s'il se produit, se déclanchera à partir d'un seuil "de fragilité" du système civilisationnel lui-même, et non d'une ou de l'autre des sociétés qui la composent.
En clair, il est inutile de juger depuis la société française de la proximité ou non d'un tel effondrement, c'est au niveau mondial que cela s'évalue.
Certains pratiquent l'analyse systémique de manière très macro : ils ne sont guère rassurants non plus. Exemple.
Mon deuxième axe d'analyse privilégié est l'analyse comportementale, dont j'ai proposé un exemple simplifié sur le back up, ici, en seconde partie.
Les analyses comportementales confirment largement l'inexorabilité de ce qui nous attend.
Le seul croisement des deux approches m'aurait déjà suffi à prendre des mesures élémentaires de précaution.
Mais en outre, de nombreuses analyses organisationnelles transversales que je peux mener confirment concrêtement la difficulté de toute évolution viable.
Enfin, les analyses historiques pertinentes (celles relatives à un système complet) que Jared Diamond a menées, décrivent également un effondrement brutal, vraisemblablement pour des raisons systémiques.

Alors, chacun croit ce qu'il veut, et moi je me prépare au pire, et tant mieux s'il n'arrive pas.



Dernière édition par pragma tic le Lun 28 Juin - 9:42, édité 2 fois

~~NéoBio~~

avatar
à chaque fois que l'on aborde le sujet de la famine en france on passe pour un fou
notamment sur oléocene, si on parle de mr bourguignon : c'est un c_n
si on cite wiki c'est sujet à controverse
un sujet difficile on on est rapidement jugé de catastrophiste
mais comme tu le dis : personne ne fourni un argumentaire construit et soutenable

personne ne semble croire que les champs français sont incapable de produire sans engrais ni pesticides

Alter Egaux


~~NéoBio~~ a écrit:personne ne semble croire que les champs français sont incapable de produire sans engrais ni pesticides
Moi, je te crois. En effet, j'observe les agriculteurs depuis 30 ans, et je suis effaré par leur inculture. J'en est même vu mettre des engrais dans leur jardin perso.

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