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le peuple des connecteurs

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1 le peuple des connecteurs le Jeu 11 Nov - 13:06

~~NéoBio~~

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il me semble que ces textes sont a associer


http://www.irepp.com/le-peuple-des-connecteurs-article00376.html
Bibliographie. Sociologie.

Le peuple des connecteurs

Ils changent le monde

par : Paul Soriano

Thierry Crouzet, Le peuple des connecteurs : Ils ne votent pas, ils n’étudient pas, ils ne travaillent pas... mais ils changent le monde, Bourin éd.,2006.Ingénieur informaticien, spécialiste international des nouvelles technologies, Thierry Crouzet a publié une trentaine d’ouvrages sur le fonctionnement d Internet, aux éditions Microsoft Press et chez First. Il est également l’auteur du Guide des meilleurs sites web, mis à jour chaque année.Une révolution est en marche : celle des connecteurs. Nés après 1960, ils sont les premiers véritables utilisateurs des ordinateurs. Ils ont grandi et vivent dans un univers technologique entièrement nouveau et forment un gigantesque réseau planétaire. Sans bruit, sans manifester, sans revendiquer, ils sont en train de bouleverser notre conception du monde. De récentes découvertes scientifiques leur ont fait comprendre que notre société reposait sur des fondements inadéquats. Pourquoi une autorité centralisée alors que le réseau démontre tous les jours qu’il s’auto-organise sans aucun chef ? Thierry Crouzet appartient au peuple des connecteurs. Il fut l’un des tout premiers spécialistes français d’Internet. Dans cet ouvrage à la fois essai et document, il décrit pour la première fois, au travers de portraits, d’anecdotes, d’exemples scientifiques et philosophiques, un phénomène auquel nous assistons tous sans le voir : l’émergence d’une nouvelle société. (4e de couverture).




http://www.gilles-jobin.org/jobineries/index.php?2006/05/14/401-le-peuple-des-connecteurs
Prélude : ne pas obéir.
Dans ce chapitre, l'auteur introduit la notion de décentralisation. L'idée centrale des connecteurs est le principe d'auto-organisation en l'absence de chef. [...] « Les connecteurs ont pris conscience que l'espace social était un réseau hautement interconnecté. Les structures hiérarchiques pyramidales, vestiges de l'époque féodale, n'ont plus lieu d'être: elles entravent la circulation de l'information autant qu'elles brident la créativité des individus. » (p. 17).

Chap. 1 : ne pas voter. Principe : on n'a pas besoin de gouvernement. L'auteur illustre son point de vue à partir de multiples exemples : les flottes d'oiseaux (p. 28), les termitières (p. 33), les champignons (p. 35). Il indique aussi le travail de Carlos Gershenson au regard des feux de circulation « intelligents » d'une ville (p. 39). Il mentionne le mouvement Open Source, mouvement qui d'après lui (et je partage cette opinion) illustre bien la « pensée réseau » en action. Il termine le chapitre en posant la question : « Pourquoi une démocratie serait-elle gouvernée? »

Chap. 2 : ne pas légiférer. Inspiré des trois lois de la robotique d'Asimov, Crouzet énonce les trois lois de la liberté :
(1) Un homme ne peut ni blesser moralement ou physiquement un autre homme, ni, par son inaction, permettre qu'un homme soit blessé.
(2) Un homme doit toujours dialoguer avec les autres hommes et étendre et sécuriser son réseau de communication afin de veiller au respect de la première loi.
(3) Un homme ne doit obéir à aucun ordre, sinon ceux de la première et de la deuxième loi.Est-ce l'anarchie? Oui, répond-il, mais l'anarchie au sens étymologique du mot, c'est-à-dire absence de commandement.

L'auteur mentionne aussi trois types de réseaux (selon Paul Baran): le centralisé, le décentralisé et le distribué. En page 72, Crouzet signale que « depuis que nos sociétés sont hautement interconnectées, les décideurs jouent aux apprentis sorciers car ils agissent sans connaître la topologie des réseaux qu'ils manipulent. »

« Les structures centralisées, fragiles en cas de mutation, sont incapables d'absorber les nouveautés. Voilà pourquoi la nature ne leur a pas fait confiance, voilà pourquoi, dans un monde globalisé, elles trouveront de moins en moins leur place. La souplesse des réseaux décentralisés est la clé du succès, comme nous le prouve encore une fois l'histoire d'Internet. » (p. 75)

Chap. 3 : ne pas étudier. « Si un pouvoir central est inefficace pour régir une société, un système éducatif centralisé est lui aussi inefficace. Incapable de répondre à chaque élève en tant qu'individu, il les considère comme des groupes et non comme des agents autonomes qui interagissent les uns avec les autres. Il commet la même erreur que l'ingénieur qui assimile le trafic routier à un ensemble de flux et nie l'existence des voitures. Un recteur d'académie ressemble au chef fantôme d'une flotte de boids .» (p. 84)

« La philosophie centrale des connecteurs, le généralisme et la polyvalence [...]» (p. 89)

« Dans un monde décentralisé, le terroriste est l'équivalent du soldat dans le monde centralisé. Je ne porte ni les uns ni les autres dans mon coeur. J'entrevois tout de même une lueur d'espoir. Si les soldats ont prouvé leur efficacité dans les combats entre mastodontes centralisés, je crois les terroristes incapables d'affecter en profondeur la société décentralisée. » (p. 94)

L'auteur mentionne ensuite l'importance de l'apprentissage de la programmation (p. 98). L'explication sera donnée dans un chapitre subséquent.

« Depuis l'avènement du Web, être intelligent, c'est savoir trouver l'information, la vérifier, la discuter et la relier à d'autres informations, étendant le réseau de connaissances, répondant peut-être au passage à des questions auxquelles personne n'a encore jamais répondu. Nous devons jouer avec les faits, non plus les mémoriser bêtement. » (p. 103)

Chap. 4 : ne pas promettre. « [...] les politiques ne peuvent prédire les conséquences de leurs actes. Même s'ils cherchent à respecter leurs promesses, ils ont peu de chance d'y parvenir. »

L'auteur nous amène ensuite à la loi de Zipf qui en est une de puissance. Zipf analysa des textes de Joyce de même que des pièces de musique. Il découvrit ains que « là où nous nous attendons à découvrir le hasard, nous voyons émerger une forme d'ordre. » (p. 119)

L'auteur illustre ensuite que les lois de puissance se retrouvent aussi bien dans la distribution des villes que dans celle des guerres. « Nous nous auto-organisons autour d'états critiques, que nous le voulions ou non. » (p. 125).

[...] nous nous méfions des gourous et des prophètes en tout genre. Dès que quelqu'un prétend régenter l'avenir, nous sommes sur nos gardes, même si ce quelqu'un souhaite oeuvrer pour le bien de tous. Les politiciens entrent dans cette catégorie des grands manitous trop prétentieux qui n'ont jamais compris que le monde ne ressemblait plus à celui forgé par les penseurs des Lumières. » (p. 130)

Chap. 5 : ne pas manifester. Sous-titre : Agir localement, penser globalement. « En nous interconnectant les uns aux autres, nous éviterons de dégringoler en car de coup dur. Chacun de nous se trouvera au noeud d'un filet social qui encaissera les catastrophes en se déformant sans se rompre. Le réseau est notre Sécurité sociale. » (p. 138)

« Les structures décentralisées, éclatées, pariant sur les agents autonomes, s'adaptent mieux aux imprévus, elles réagissent plus vite car elles ne perdent pas de temps en consultant un central de commandement. » (p. 141). Plus loin, il est question d'intelligence en essaim.

Le mot émergence revient constamment dans la bouche des connecteurs.

« Il est possible de voir le Web comme un espace où nous communiquons en modifiant notre propre environnement [...]. Les weblogs, et dans une plus grande mesure les wikis, ces encyclopédies interactives qui naissent d'un travail collaboratif, nous fournissent le meilleur exemple de ce phénomène. » (p. 149)

«Quand [les connecteurs] ne se satisfont plus des encyclopédies existantes, ils en écrivent d'autres. Dès qu'ils ont besoin de quelque chose, ils l'inventent. Plutôt que de se plaindre et de revendiquer, plutôt que d'exiger que les instances centrales règlent leurs problèmes, ils agissent par eux-mêmes. En agissant sur leur environnement local, ils changent le monde globalement. L'histoire du Web éclaire cette attitude. » (p. 151)

Chap. 6 : ne pas compliquer. Ce chapitre est sans doute le coeur du livre. Il est question d'automates cellulaires, de Von Neumann, de simulations informatiques, de vie artificielle, du fameux Jeu de la vie de Conway (ce qui me rappelle mes jeunes années d'apprentissage des maths à l'Université Laval) et, finalement, de l'hypothèse de Wolfram (je viens de commander son livre « A new kind of Science »). «Le monde est un programme » nous lance ce dernier et, ainsi, ébranle toutes nos conceptions scientifiques. Par exemple, pour lui, un programme informatique peut se substituer aux équations de la physique. Terminé le calcul différentiel et intégral pour expliquer le monde car il suffit de trouver les bonnes lignes de codes qui le simulent ! J'ai une hâte terrible de lire son ouvrage de plus de 1200 pages.

Chap. 7. ne pas travailler. « Pour autant, nous [les connecteurs] ne méprisons pas l'argent, nous aimons au contraire le confort et le luxe. Toutefois, nous ne sommes pas prêts à nous avilir pour nous enrichir. Ennemis des hiérarchies, nous plébiscitons les structures décentralisées. Après avoir rejeté les chefs, il serait bien étonnant que nous en acceptions dans le cadre du travail. Là encore, nous avons découvert que nous pouvions travailler par nous-mêmes et gagner plutôt bien notre vie. Nous appliquons le principe de délocalisation en travaillant où nous avons choisi de vivre et non l'inverse. » p. 199

« The future is unwritten (Joe Strummer)» (p. 201)

Plus loin, Popper est cité. Assurément un auteur que je dois m'approprier. Je le croise dans une foule de lectures.

Et, toujours dans ce même chapitre, Crouzet jette un oeil sur le phénomène Donjons & Dragons. J'y ai joué beaucoup au début des années 80. Aujourd'hui, c'est ma fille Andréanne (elle avait 2 ans en 1980. Son fils Estéban les aura dans deux mois !) qui s'y adonne. D'ailleurs, pas plus tard qu'en fin de semaine, elle était DM (Dungeon Master) d'une partie grandeur nature !

« Nous ne nous embêtons pas avec des revendications stériles, nous quittons la boutique pour une autre plus appropriée à nos nouveaux désirs, et, si nous n'en trouvons pas, nous nous installons à notre propre compte. Nous ne sommes pas plus entrepreneurs que nos parents, nous ne voulons simplement pas nous embêter une minute dans la vie. Nous voulons que chaque journée soit comme une partie de jeu de rôle où nous pouvons, au moins en théorie, devenir un héros. ». (p. 210)

Chap. 8 : ne pas rationaliser. Il s'agit ici de lasser tomber le cartésianisme pour inventer une nouvelle forme de rationalité. « Trouver les règles qui, grâce à une simulation numérique, mènent à la termitière nous suffit. » (p. 215)

La méthode poétique des connecteurs :
(1)Travail : analyse du problème, recherche éventuelle de solutions inventées par l'évolution.
(2)Rêverie : laisser libre l'inspiration poétique, quel qu'en soit le mode opératoire.
(3)Simulation : tester l'intuition sur ordinateur.
(p. 217)



http://www.onnouscachetout.com/themes/societe/creatifs-culturels.php
Les militants nouveaux sont arrivés
Ils sont des millions à vouloir changer le monde





Deux chercheurs américains affirment, au terme d’une longue enquête, que les pays occidentaux vivent actuellement un important changement de société. D’après eux, des millions de personnes prennent leurs distances, dans leur vie personnelle et sociale, avec la société de consommation. Ouverts aux valeurs de l’écologie, adeptes du développement personnel, soucieux de remettre l’humain au cœur de la société, ceux que le sociologue Paul H. Ray et la psychologue Sherry Ruth Anderson nomment les “Créatifs culturels” pourraient sauver la planète d’une destruction programmée.
Le scoop est énorme : aux Etats-Unis, mais aussi en Europe, nous serions en train de vivre un profond changement de société, une transformation radicale de notre civilisation, sans en avoir conscience. A en croire L’émergence des Créatifs culturels, près de 50 millions d’Américains partagent des idées que l’on qualifie d’ordinaire d’“alternatives”. Voilà qui s’avère sacrément réconfortant. Voilà aussi qui permet de sortir du mythe, soigneusement entretenu par les militants professionnels, de l’éternelle minorité qui tente d’éveiller une majorité constituée d’abrutis avachis devant leurs télévisions…
Au terme d’une enquête de treize ans menée auprès de près de 100 000 personnes, l’équipe dirigée par le sociologue Paul H. Ray et la psychologue Sherry Ruth Anderson a identifié, au cœur de la société américaine, un courant culturel radicalement nouveau. Les chercheurs ont donné à cette population qui réprésenterait le quart environ des citoyens américains le nom de “Créatifs culturels”. Un drôle de concept, qui sonne sans doute mieux dans sa langue d’origine, mais qui dit bien ce qu’il désigne : les “Créatifs culturels” créent au jour le jour, par leur manière de vivre, de penser, d’agir, une nouvelle culture, qui concilie le souci de l’écologie, le développement personnel et spirituel, le recours à une alimentation et une médecine saine, et des valeurs de tolérance et de respect.

Un nouveau Gulf Stream

Loin d’être «un ensemble éparpillé et sans cohérence de cœurs sensibles, de bons samaritains et de “moi d’abord”», les Créatifs culturelssont, d’après les chercheurs, «la manifestation d’une lente convergence de mouvements et de courants jusqu’alors distincts vers une profonde modification de notre société» : «C’est un peu comme si une centaine de rivières d’Amérique du Nord se jetaient dans l’Océan Atlantique. Chauffées par le soleil, elles créent un nouveau Gulf Stream qui s’étend jusqu’en Europe. A la surface, ce courant est presque invisible, parce que, contrairement aux rivières, il n’a pas de berges, pas de limites tangibles. En plein cœur de l’océan, au sein de ce courant, se développent des formes de vies tout à fait nouvelles. Il nous semble que c’est à peu près ce qui se passe actuellement dans notre société»: différentes influences sont en train de converger et cette convergence est à l’origine d’un grand changement général.»
Le point de vue de Ray et d’Anderson est celui de chercheurs en sciences humaines - et ça change tout. Mettant délibérément de côté les soubresauts de l’actualité, les deux auteurs prennent de la hauteur. Leur démarche tranche volontairement avec la vision développée par les médias» : «Il n’est pas surprenant que la plupart des politiciens, historiens et commentateurs, notamment des médias, ne comprennent pas vraiment ce qui se passe.» En effet, ces témoins et acteurs ont l’œil collé à l’événement et n’accorde aucune attention à son contexte. Un exemple pris dans l’actualité récente illustre cette myopie»: le sommet de Johannesburg a montré combien les chefs d’Etat du monde ont une vision courte de l’avenir. Mais il ne reflète certainement pas la sensibilité des opinions publiques, beaucoup plus préoccupées que leurs mandataires par l’avenir de la planète. Or, les multitudes qui habitent cette terre ont plus de pouvoir que Georges Bush…
En raison de leur fonctionnement actuel, les médias ont les plus grandes peines du monde à adopter une approche transversale des problèmes. Ray et Anderson ont cette image amusante : «Comme Marlon Brando dans On the Waterfront (Sur les quais), les experts veulent savoir “qui sont les combattants du match ?”» Lorsqu’ils organisent un débat, les médias cherchent toujours à radicaliser les positions des uns et des autres pour mieux renvoyer dos à dos les points de vue. Englués dans une logique de confrontation, ils sont dès lors incapables de rendre compte de ceux qui sont force de proposition. Il y a fort à parier que, s’ils n’avaient jamais organisés de contre-sommets, les militants pour une autre mondialisation ne seraient jamais apparus sur nos écrans… D’ailleurs, quel média parle de ces militants et de leurs organisations en dehors des grands rendez-vous contestataires»?
Une fausse marginalité

Voilà pourquoi les «Créatifs culturels» n’apparaissent que très rarement dans les journaux et sont complètement ignorés des principaux acteurs de la vie publique… Deux autres grandes catégories sociales, selon Ray et Anderson, occupent le devant de la scène, dans une logique de confrontation. Les «Modernistes», en position dominante, agissent au nom du libéralisme et du progrès technologique et ne tiennent pas compte des répercussions que la course à la modernité peut avoir sur la planète. Ils ont «tendance à penser que la vie sociale et économique peut être résumée en chiffres»: recensement des populations et montants financiers. On discute des tendances de croissance dans toutes les publications, comme si celle-ci était ce qu’il y a de plus fascinant et de plus réel dans la vie de tous les jours. Or, derrière ces discussions se cache un présupposé très fort, même si généralement il reste inavoué»: la société et ses structures ne changeront pas.» S’opposent à cette vision du monde les «Traditionnalistes» qui prônent un retour aux vieilles valeurs, à la tradition, aux habitudes et aux comportements du passé. Cette manière de diviser la population américaine offre une grille d’analyse convaincante des courants qui s’affrontent dans nos sociétés occidentales. Elle peut sembler caricaturale»; elle est, bien entendu, longuement étayée dans le livre.
Même s’ils sont invisibles, les Créatifs culturels ne viennent pas de nulle part»; il ne s’agit en aucun cas d’une génération spontanée. Ray et Anderson se sont penchés sur l’histoire des mouvements sociaux des cinquante dernières années pour en découvrir les racines. Une démarche salutaire. En effet, «les Créatifs culturels, comme tous ceux qui ont un véritable intérêt pour les évolutions de la conscience, se retrouvent confrontés à une situation qui rappelle celle à laquelle des générations de femmes artistes et écrivains ont été confrontés. Personne n’ayant préservé l’héritage de ce que les femmes elles-mêmes écrivaient sur leur propre expérience, ce qu’elles avaient créé et pensé au cours des siècles, pour chaque nouvelle génération de femmes, ce fut comme si tout était à refaire, comme si rien d’important n’avait jamais été réalisé dans ce domaine. Des générations de femmes eurent à faire, à défaire et refaire encore la toile de leur compréhension du monde et d’elles-mêmes, à l’infini. Les Créatifs culturels aussi sont constamment obligés d’inventer et de réinventer les bases qui leur permettent de vivre comme ils l’entendent.» Prendre conscience qu’ils font partie d’une histoire leur permettra sans doute de ne pas répéter les erreurs de leurs aînés et donc d’avancer - en somme, de gagner une maturité.
Ray et Anderson expliquent avec finesse la manière dont le mouvement féministe, le mouvement pacifiste et le mouvement de libération des Noirs se sont imposés dans les années 60 sur la scène politique et sociale et ont imposé sur le long terme une autre façon de voir les choses. En effet, contrairement à ce qu’on affirme souvent, ces mouvements subsistent, de manière souterraine. Il ne suffit pas de ne pas les voir pour croire qu’ils n’existent plus» : «On connaît le début de l’histoire, mais l’on pense que ces décennies de grands rêves sont bel et bien révolues, passées, et dépassée, puisqu’on ne voit désormais plus rien de la sorte à la télévision. On ne se rend pas du tout compte de tout ce qui s’est produit ensuite - comment des mouvements pionniers, et ceux qui ont suivi, ont changé et modelé les vies de ceux qui sont les Créatifs culturels d’aujourd’hui. Et ainsi, les Créatifs culturels eux-mêmes, finalement, ne savent même pas que c’est en fait de là qu’ils viennent. Et comme tout peuple dépourvu d’histoire, ils s’imaginent être des marginaux, des étranges, des gens de l’extérieur, des “pas d’ici“, comme les pièces d’un puzzle qui ne trouveraient pas leur place dans un ensemble qui a l’air tout à fait complet sans elles.»

Découvrir ses propres solutions

Nous pouvons avoir l’impression de vivre actuellement une période majeure de régression, alors que, sur le continent américain, le gouvernement Bush se montre particulièrement va-t-en-guerre et hostile à toute mesure pro-environnement, et que, sur le continent européen, l’extrême-droite progresse de manière inquiétante dans les urnes. Une autre lecture (plus optimiste) des événements consiste à penser qu’il s’agit là de tentatives désespérées de la part des mouvements réactionnaires de reprendre le contrôle d’une situation qui leur échappe… En effet, certaines questions aussi importantes que le danger nucléaire, la place des femmes dans la société, le racisme ou la qualité de l’alimentation, hier marginales, méconnues de l’opinion politique, sont devenues des préoccupations largement partagées par l’ensemble des sociétés occidentales. «Un bon nombre des problèmes sociaux qui étaient tolérés ou tout simplement admis avant les années 60 sont devenus de nos jours tout bonnement inacceptables, confirmentRay et Anderson. (…) quel que soit votre âge, vous serez probablement surpris de voir ce que l’on considérait comme “normal” aussi récemment que dans les années 50 ou 60.» A l’appui de cette affirmation, les chercheurs proposent une liste de comportements passés… effectivement assez stupéfiante»!
Il ne faut donc pas sous-estimer l’ampleur des changements : «Contrairement à ce que l’on croit généralement dans la branche politique, la branche culturelle a au moins autant d’impact sur l’ensemble de la société, si ce n’est plus. Le problème, c’est que les médias, le gouvernement, les entreprises et même les universitaires ont tendance à toujours encourager cette croyance qu’a la branche politique de sa propre importance. En réalité, la force de la branche culturelle, qui permet de briser les sorts jetés depuis des générations, s’exerce à des niveaux nettement plus souterrains, mais tout aussi efficaces.» Les mouvements sociaux ont réussi à changer la société parce qu’ils ne sont pas contentés de vouloir changer les réglements»; ils ont aussi cherché à comprendre ce qui se cachait derrière ces réglements. En prenant leur distance avec l’ordre établi, les mouvements sociaux ont compris que «quand on cherche à changer la culture du passé, on ne peut pas se contenter des solutions qu’elle propose. Il faut découvrir ses propres solutions ou les inventer.» En effet, «résoudre de nouveaux problèmes avec d’anciennes méthodes n’est généralement pas très approprié».
«Il faut un certain génie pour réussir à nommer ce qui n’a pas de nom car si vous le faites avec sincérité et au bon moment, les millions de personnes qui jusqu’alors étaient totalement hypnotisées et stupéfiées par ce problème vont d’un seul coup se réveiller.»
L’originalité et la force de Martin Luther King a été de casser le cadre traditionnel des revendications des Noirs américains en montrant à quel point la ségrégation raciale était contradictoire avec l’idée que les Etats-Unis se faisaient d’eux-mêmes. Il a ainsi pu rallier à sa cause une partie de l’opinion américaine. De même, le mouvement féministe a su interroger la société toute entière et remettre en cause les schémas culturels établis.

Choisir son camp

Le mouvement féministe impose à chacun de s’interroger sur sa manière de vivre son couple, parce que «le privé est politique». Comme le dit le chanteur et poète Julos Beaucarne (qu’on identifie sans hésiter comme un Créatif culturel)»: «Le militantisme est important. La déviation du militantisme, c'est d’aller à une manif pour la paix, et puis tu rentres chez toi, le bébé pleure, tu lui donnes une gifle...» L’un des héritages les plus importants des mouvements sociaux des années 60, c’est l’idée qu’en militant pour les autres, on milite aussi pour soi - et qu’on ne peut exiger des autres ce qu’on n’exige pas de soi-même.
Les Créatifs culturels décrits par Ray et Anderson portent la même attention au monde qu’à eux-mêmes. Ils n’ont pas l’impression de perdre leur temps lorsqu’ils cherchent à améliorer leur manière de vivre, à parfaire leur équilibre intérieur. L’équilibre global est le reflet de l’équilibre personnel»; à l’inverse, quand la planète va mal, l’homme souffre. Dans un texte consacré aux manifestations québécoises d’avril 2001, l’activiste américaine Starhawk témoigne de ce rapport inquiet entre l’intime et l’univers : «Dans la beauté des bois, dans la paix du matin lorsque je m’assieds dehors et écoute les chants d’oiseaux, en chaque lieu qui devrait donner un sentiment de sécurité, je sens le courant qui nous mène vers une chute irrévocable, une catastrophe écologique/économique/sociale de dimension épique.»
Se battre pour la bonne santé de la terre nourricière, c’est aussi se battre pour sa sérénité intérieure. En somme, tout est dans tout… Il s’agit, au sens premier du terme, d’une vision profondément religieuse du monde»: «C’est là un aspect de ce que les Créatifs Culturels recherchent, écrivent Ray et Anderson»: une façon de se rappeler qu’ils ne sont pas seuls, une manière de tisser de nouveaux modèles, de nouvelles figures dans le grand tissu social, tisser des lignes de vie qui relient les générations entre elles.» L’imaginaire se voit assigné une fonction mythique que sa dilution dans le divertissement tend à faire oublier.
Se changer soi-même

Les Créatifs culturels espèrent voir naître ce que Julos Beaucarne nomme joliment «un monde télépathiquement épatant»»: «On est tous de la même matière que l'univers, affirme le poète. On choisit ce qu'on écoute, ce qu'on mange, on est ce qu'on mange, on choisit son camp, on choisit des musiques diaboliques ou des musiques qui nous construisent. Choisir son camp, c'est d'abord peut-être un grand principe : il y a une loi, qui n'en est pas une, c'est qu'il y a le positif et le négatif. Dans tout ce qui flotte autour de nous, il y a beaucoup de choses négatives qui peuvent entrer dans notre peau (…) Parce que le psychisme est terriblement puissant. On envoie des pensées tout le temps dans l'espace. On peut envoyer des pensées négatives, sur quelqu'un par exemple, il peut se casser la pipe en descendant l'escalier parce qu'il est fatigué ce jour là. On peut envoyer de l'amour aussi. C'est là où on choisit son camp.»
Cette manière de voir le monde est souvent caricaturée sous le terme New Age. Il est facile de se moquer de ces gens qui passent leur temps sur un tapis de yoga en mangeant de la nourriture végétalienne au son d’une musique relaxante»; «il est facile de s’arrêter uniquement aux excès de la vulgarisation, la spiritualité “syncrétique” et la psychologie de comptoir dont certains médias adorent se gausser. Mais confondre ainsi la surface du mouvement et sa substance profonde est une erreur. (…) il est nécessaire de bien faire la différence entre la masse croissante de ceux qui sont à la recherche de nouvelles sensations, d’un parfum nouveau pour leur vie ou de quelque chose d’authentique d’une part, et d’autre part les adeptes de longue date qui ont appris petit à petit à vivre une vie “authentique”, à transformer leur vie en profondeur en fonction de ce qu’ils ont appris.» En effet, «on peut se mettre à de nouvelles idées, s’initier à de nouvelles techniques ou se trouver un nouveau hobby en quelques semaines, mais il faut des années, voire des décennies pour se changer soi-même.»
L’articulation entre l’activisme social et la recherche d’un équilibre intérieur, évidente pour tous les Créatifs culturels présentés dans le livre, n’a pas toujours été évidente. Paradoxalement, dans les années 60 et 70, il fallait choisir, établir un ordre de priorité»: «Tandis que les militants politiques manifestaient contre la bombe, les hippies gobaient des acides, résument Ray et Anderson. Tandis que des étudiants faisaient des sit-in devant des restaurants racistes du Sud, d’autres écoutaient sagement les enseignements du zen. Et tandis que des femmes se rassemblaient en groupes de prise de conscience, d’autres apprenaient les techniques des médecines douces ou les massages traditionnels. Tout au long des années 60 et 70, les explorateurs de la conscience et les activistes sociopolitiques donnent l’impression de deux pôles opposés. Et bien qu’il y eut quelques altercations, dans l’ensemble ils s’ignoraient plutôt les uns les autres. Chaque mouvement se voyait comme l’apothéose de ce qui était essentiel dans la vie».

“Je ne veux pas être Spartacus”

Bon, il ne faut quand même pas rêver»: les militants-militaires, qui oublient de vivre pour mieux sauver le monde, existent toujours. Le journaliste tunisien Taoufik Ben Brick décrit «ces militants professionnels, qui triment pour la bonne cause avec une allure grave, et qui ont une sorte de mépris pour tout ce qui ne leur ressemble pas»»: «Ils veulent que ta subjectivité rentre dans leur moule. Il y a finalement chez ces gens-là un côté conservateur, conformiste»: selon eux, on n’a pas le droit d’aimer la nuit, d’aller voir du côté des petites choses de la vie. Pourquoi y a-t-il un militantisme puritain, ascétique, merdique»? Est-ce qu’il faut forcément avoir été bouffé par la vie de chien que l’on nous a fait mener»? Ce sont des gens qui ont oublié les valeurs du poète»! La liberté, il faut l’arracher chaque jour de la vie.» Ben Brick incarne, par sa verve, son ironie, sa poésie, un autre idéal de militance»: «Je ne veux pas être Spartacus. Je ne veux pas être un porte-parole. Je veux être un troubadour. Je suis libre, de la liberté violente de celui qui s’enivre. On m’accuse d’être excessif, mais je ne peux qu’être excessif. Cette liberté peut me nuire, mais je me régale. Je veux que ma parole soit du côté de la vie contre l’ordre, qui est une folie.» (Charlie Hebdo, 22/11/2000)
A l’image de Ben Brick, les Créatifs culturels refusent de sacrifier la complexité de la vie au nom d’un idéal politique pur et peut-être inaccessible. Ils n’attendent pas la révolution demain, ils la font aujourd’hui. A la différence de ces anars qui annônent les œuvres complètes de Bakounine en attendant l’Insurrection qui a encore raté le train, les Créatifs culturels mènent une insurrection personnelle jour après jour. Leur combat, c’est des petits riens, mais ces petits riens changent leur vie, la vie de leurs proches, et par extension la vie du monde entier»; moins spectaculaires que les révolutionnaires professionnels, ces nouveaux militants ont remplacé la rhétorique par l’action.
Dès lors, les revendications ne sont plus les mêmes. Exit le culte de la Révolution qui a fait tant de ravages - qu’elle ait eu lieu et débouché sur l’improbable dictature du prolétariat ou qu’elle soit toujours reportée aux lendemains qui n’en finissent plus de chanter. Adieu, les mirages, maintenant il s’agit de se coltiner au réel. La révolution devient quotidienne. Exit les ennemis du peuple ou du parti, il n’y a pas besoin d’ennemi tout-puissant pour éprouver sa propre puissance. Que vive la «rêvolution»»!

Do or die

Les Créatifs culturels se définissent d’abord par ce pour quoi ils militent»: «les bases de l’identité collective se sont déplacées, écrivent Ray et Anderson, glissant de la “contestation” vers une vision plus positive et volontariste des choses, de l’activisme et de l’avenir. Il a fallu presque deux décennies pour que les mouvements “contre la guerre” deviennent des mouvements “pour la paix”, ou pour que les mouvements féministes finissent par se détacher des accusations et de la haine systématiques envers les hommes pour mieux se (re)définir de façon affirmative, en fonction de ce pour quoi elles étaient.» Il s’agit d’inventer une nouvelle manière de vivre. Le terme, archi-usé, d’alternative reprend ici tout son sens. L’utopie devient enfin concrète…
D’après Ray et Anderson, la terre vit une époque de transition. Plusieurs scénarios sont possibles, qui vont de la destruction pure et simple de la planète (si le modernisme libéral continue à faire des ravages) à la mise en œuvre d’une nouvelle culture soucieuse de ce qu’elle laissera en héritage «à la septième génération à venir». Tout peut arriver, expliquent les chercheurs»; il est probable d’ailleurs que les prochaines années voient l’humanité osciller entre ces deux scénarios extrêmes. Comme le disait Martin Luther King»: «Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères ou périr ensemble comme des idiots». En anglais, une expression lapidaire résume le choix qui se présente à nous»: «do or die», agis ou meurs.
Or, estiment les auteurs, si les Créatifs culturels ne prennent pas conscience de leur force, s’ils ne se comptent pas, s’ils sous-estiment leur influence, s’ils ne comprennent pas qu’ils sont en mesure de faire évoluer la manière de voir le monde de ceux qui les entourent, le scénario le plus pessimiste risque de se vérifier. «Ce qu’il faut, concluent les chercheurs américains, abandonnant le ton du constat, c’est que chacun d’entre nous, avec ses qualifications particulières, ses savoirs et sa sagesse les plus précieux, sa curiosité, son empathie et son intelligence, s’implique. (…) Le nouveau discours qui se met en place, la nouvelle histoire que nous sommes en train d’écrire demandent des dizaines de milliers de conteurs, et deux fois plus encore de personnes qui s’en inspirent. (…) On peut dès maintenant se mettre à imaginer une culture qui ait suffisamment de sagesse pour réussir à trouver son chemin et effectuer cette traversée jusqu’au bout, et réfléchir au rôle que nous voulons jouer dans ce processus. Ce n’est que le premier pas.»
Dans un texte écrit peu après les attentats contre les Etats-Unis, Starhawk annonce»: «Il est possible que la chose la plus radicale que nous puissions faire en ce moment est d'agir à partir de notre vision, et non à partir de la peur, et de croire en la possibilité de sa réalisation. Toutes les forces autour de nous nous poussent à baisser le rideau, à nous isoler, à faire retraite. Au lieu de cela, il nous faut avancer, mais de manière différente. Nous sommes appelé(e)s à faire un saut dans l'inconnu.»

Sylvain Marcelli

2 Re: le peuple des connecteurs le Ven 12 Nov - 8:34

Galipette


Voilà qui est bien motivant!

C'est en effet ce que j'observe et que j'avais déjà tenté d'expliquer.
Nous sommes "observés", et de ce que nous dégageons, du bonheur que nous arrivons à obtenir par nos propres idées, nous influençons les autres. Je m'en rends vraiment de plus en plus compte avec les proches autour de moi qui m'estiment "très forte" alors que mon impression est d'être toute seule dans mon coin.

Et en effet, sans le réseau pour retrouver ses motivations, se sentir soutenu, on abandonnerait vite, mais là, un coup de blues, on surf et ça repart!

Un des gros frein à l'explosion du changement sociétal, ce sont tous ces gens qui ont une vie surbookée, avec un rythme infernal qui les empêche de se poser, réfléchir et agir, trop pris dans leur quotidien, trop fatigués pour envisager un changement de vie, mais qui sont souvent désireux "d'autre chose".

3 Re: le peuple des connecteurs le Sam 11 Déc - 2:40

~~NéoBio~~

avatar
c'est pas faux , mais la dureté de la vie fait que les gens , maigres la fatigue, discutent entre eux de plus en plus, et ces derniers temps je n'ai plus de problème pour parler politique ou énergie avec des gens de la rue , le même qui nous regardaient bizarrement , maintenant ils ont des notions

4 Re: le peuple des connecteurs le Sam 15 Jan - 16:54

~~NéoBio~~

avatar
Digital native : le débarquement est proche



Partager14

Ecrit le 26 juillet 2009
par Fabrice Epelboin








La
première génération des “Digital Native”, ces enfants qui sont nés et
qui ont grandi dans un monde avec internet, s’apprête à entrer dans
l’âge adulte. Bientôt, notre monde sera redéfini à leur image.
L’économie, la politique, la Culture, et même des notions comme le
cercle familial seront transformés profondément.
Qui sont-il ? En quoi diffèrent-ils des générations précédentes ou
des “Emigrés Digitaux” représentés par les rares, dans les générations
plus anciennes, qui ont su s’intégrer à cette culture ?
John Palfrey et Urs Gasser nous offrent dans ce livre une analyse
sociologique de cette génération, pour l’instant profondément incomprise
par ceux qui sont les leader de la société d’aujourd’hui, et qui trop
souvent se contentent de leur appliquer des qualificatifs réducteurs et
des raccourcis, à défaut de se remettre en question et d’essayer de
comprendre ce qui les dépasse.
Basé sur des années de recherche et une multitude de rencontres
faites avec des représentants de cette génération, Born Digital explore
une multitude de thématiques dont le sens a radicalement changé au sein
de cette génération : la notion de vie privée, de sécurité dans le
virtuel, d’addiction au virtuel, l’impact des technologies sur la
créativité, et ce qui attend ces enfant sur le plan social,
psychologique et professionnel.
C’est une lecture essentielle aussi bien pour les parents qui
cherchent à comprendre leur progéniture que pour les législateurs qui
s’apprêtent à investir le monde du digital dans lequel ils vivent depuis
déjà longtemps, mais aussi pour le monde enseignant qui les fréquente
sans toujours les comprendre et pour tous les adultes qui sentent, d’une
façon ou d’une autre, que les préjugés qui sont appliqués aux enfants
d’aujourd’hui ne sont pas plus intelligents que les jugements que
portaient leur parents ou leurs grands parents sur Elvis, la libération
sexuelle ou le flower power.

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